• Matthieu Pédurthe | Dharma RH

Le Bien-Être au Travail : quelle arnaque !

Mis à jour : 27 déc. 2020


Les temps modernes

La genèse du bien-être au travail (BAT) est marquée par des apports très différents, qu’il s’agisse d’artistes, de volontés politiques, d’influences institutionnelles, de structurations juridiques, de pratiques managériales et de gestion ou de l’éclairage des chercheurs. Dès 1936, Charlie Chaplin réalise une comédie dramatique, « Les temps modernes », qui présente le personnage de Charlot luttant pour survivre dans le monde industrialisé. Dix ans plus tard, sur le plan institutionnel, la définition du préambule à la constitution de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) affirme que « la santé est un état complet de bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». Cette définition de l’OMS nous indique que la santé ne relève pas seulement de la dimension biologique, mais aussi de l’ordre psychique et de l’ordre social. La santé est donc un état, un idéal qui résulte d’un équilibre, d’un sentiment d’harmonie multidimensionnel instable.


Une législation par étapes

En France, depuis 1898 nous connaissons des évolutions dans l'organisation du travail. Nous avons une législation hyper riche à ce sujet. Je vous épargne toute l'évolution. Retenez juste que l'Etat a même créé en 1973 l’Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail (ANACT). Tout ça pour dire, que le souci de la santé et des conditions de travail sont un sujet pris au sérieux chez nous, enfin semble-t-il.


Vers un management du bien-être au travail

Il a donc fallu attendre plus de 60 ans, depuis le préambule de l’OMS, pour que le bien-être au travail devienne en France un objet de gestion identifié et pertinent pour les entreprises comme pour les chercheurs. La Gestion des Ressources Humaines a vu son développement étroitement associé à l’histoire industrielle. Les différents problèmes à résoudre étaient orientés selon les modes de production dominants à différentes époques, comme l’a bien montré Fombonne (2001). Les modèles de gestion des hommes qui se sont enchaînés à travers l’histoire reflètent aussi l’évolution des sciences sociales, ainsi que leur implication progressive dans les problématiques industrielles.

Aujourd'hui, nous en arrivons à avoir même des fonctions uniquement dédiées à la pratique du Bien-Être et du Bonheur au Travail, ce fameux Chief Happiness Officer.. J'ai juste envie de dire WTF !?


La réalité des relations en entreprise

Le fait est que le BAT, intégré souvent dans des démarches Qualité de Vie au Travail, est un sujet exploité par les entreprises pour ajouter une nouvelle étoile des best practices de leur marque employeur : "Venez chez nous, on s'amuse, on se fait des massages et plus besoin de partir, y a même la muscu à domicile !"

J'ai même vu l'absurde quand "on fait de la QVT en mettant une fois par an des séances d'épilation et de manucure au bureau".


A quand coiffure, salon de thé, pâtisserie et un espace "invite ton ami à prendre un café" ?



Je dis STOOOOOP

Déjà, qu'est-ce qui pousse l'entreprise à mettre en place des démarches de QVT ? On ne va pas se mentir : la performance estimée qui en découle. Sorry, ça n'a jamais été pour tes beaux yeux !


C'est là, où tout se mélange dans l'esprit des gens. Est-ce volontaire ou non, mais la QVT n'est pas du BAT !!!!! C'est déjà une question de sémantique et de faits concrets.



Aller du Bien-Être au Travail au Être-Bien au Travail


En confondant QVT et Bien-Être (au Travail) on se retrouve avec des absurdités (je suis rude mais faut bien marquer les esprits). Nous avons pourtant déjà admis que le babyfoot n'est rien d'autre que de la poudre de perlimpinpin… à quand la même vision pour les massages ou le sport au boulot ?


Allez, je vais revenir plus sérieusement au sujet avec de la nuance.

Selon le Ministère des Solidarités et de la Santé, La Qualité de Vie au Travail désigne et regroupe sous un même intitulé les actions qui permettent de concilier amélioration des conditions de travail pour les salariés et performance globale [...]. Elle s’appuie sur l’expertise des professionnels quant à leur propre travail et à leur capacité à identifier des marges de manœuvres et des moyens d’améliorer les organisations. Cette démarche est d’autant plus nécessaire quand les organisations se transforment. Elle appelle à des modifications managériales pour sortir d’un système hiérarchique descendant et aller vers une organisation plus transversale et plus souple qui permet des prises de décision nourries également des expériences de terrain. Elle n’est pas limitée à certaines personnes désignées, elle est l’affaire de tous.


En aucun cas la QVT évoque un sujet de bien-être mais bien :

  1. conditions de travail des individus pour la performance de l'entreprise

  2. organisation

  3. management

Quant à la définition du bien-être :

  1. Sensation agréable procurée par la satisfaction de besoins physiques, l'absence de soucis.

  2. Situation matérielle qui permet de satisfaire les besoins de l'existence.

Voyez-vous la différence ?


En intégrant dans votre quotidien professionnel des activités de bien-être, on nous fait croire que l'on gagne du temps. Mais du temps pour quoi ? Allez chez son coiffeur, se faire un spa entre amis, aller à la salle de sport (ou même courir dans la forêt) avec ses potes, faire sa sortie "reine du shopping", etc... le plaisir n'est pas tant dans l'activité elle-même que dans le fait de la partager avec des personnes qui comptent dans notre vie.


Est-ce que toute notre vie doit être régie par la performance, le rendement, le résultat ? Avons-nous oublié pourquoi nous sommes nés ? Pour vivre, pas pour un rendement business. Oui, nous vivons dans une société où sans emploi c'est compliqué. Ca ne va pas dire qu'il faut y dédier sa vie entière ! E-QUI-LIBRE !


C'est pourquoi je préfère la QVT dans la dynamique d'Être Bien au Travail, plus que Bien-Être au Travail.

Je suis bien dans mon job parce que...

  • le salaire me permet de vivre, voire même plus ;

  • les missions me permettent de montrer/d'exploiter mes compétences ;

  • je peux même en développer de nouvelles ;

  • j'ai un management à l'écoute, exemplaire ;

  • j'ai des collègues avec qui je peux échanger sereinement ;

  • mon travail a du sens, je sais à quoi mon quotidien sert ;

  • j'ai du temps ou même une souplesse d'organisation pour mes loisirs, ma famille.

Si je n'avais pas ces facteurs "essentiels", croyez-vous vraiment que me faire épiler le maillot (bin oui, je suis homme, pourquoi je n'essaierais pas) au bureau me rendra plus heureux dans mon job ?



En effet, que je me sente bien dans mon job n'est pas la même chose que me faire du bien dans mon job...

Le petit plaisir manuel ou gustatif ne me fera pas changer d'avis que mon manager n'est qu'un planqué qui comprend rien ou que je ne suis qu'un pion parmi tant d'autres.


Je ne dis pas qu'il faut tout exclure. Je pense simplement qu'il faut avant tout offrir aux salariés un équilibre de vie, en leur laissant le temps de vivre leur vie en dehors de l'entreprise.

Evidemment, si l'on peut avoir un service de conciergerie, ça c'est autre chose... qui aime aller au pressing ? 😅


En tout cas, c'est pour ça qu'avant de miser sur la cosmétique, privilégions des relations saines, le sens et l'équilibre temporel entre la vie personnelle et la vie professionnelle. Une fois ça acquis, véritablement, alors on pourra voir ce que les salariés ont envie d'avoir sur leur temps de travail ou de pause déjeuner.
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